Les classes politiques et capitalistes marchent main dans la main

Le 31 décembre 2015, le président de la République, non content de se cantonner à sa politique sécuritaire et répressive désormais décuplée par l’instauration de l’état d’urgence, décrétait également dans son discours « l’état d’urgence économique et social ». Le gouvernement semble donc s’être découvert une nouvelle tactique d’enfumage politique dont personne n’est dupe : il suffirait de mettre « état d’urgence » devant une thématique pour justifier et légitimer les politiques les plus violentes, que ce soit sur le plan répressif ou sur le plan économique et social.

Depuis l’accession au pouvoir du Parti socialiste en 2012, les coups continuent de pleuvoir sur le Code du travail et les droits des salariés, mais cette déclaration indique sans nul doute que la violence économique de la classe politique va passer à la vitesse supérieure tout en s’embarrassant de moins en moins de faux-semblants.

Ainsi, début février, le gouvernement, ministre du Travail, de l’Économie et des Finances en tête, annonçait vouloir réinstaurer un système de baisse progressive des allocations chômage, alors qu’un tel modèle avait déjà montré son inefficacité par le passé. Entre 1992 et 2001, durée pendant laquelle ce système a fonctionné, les indemnités baissaient au bout de neuf mois de 17 % tous les quatre mois jusqu’à atteindre un palier minimal à hauteur de 2000 francs à l’époque, mettant ainsi le couteau sous la gorge de ceux rejetés par le sacro-saint marché du travail.

Parallèlement, le projet de loi El Khomri prévoit un plafonnement des indemnités prud’homales versées aux salariés en cas de licenciement abusif ; manière de sécuriser les dirigeants d’entreprise quand ceux-ci voudront jeter des salariés récalcitrants ou jugés pas assez rentables. Le rêve du patronat va pouvoir devenir réalité : des licenciements tous azimuts à prix discount ! Et ce n’est pas tout ce que contient ce projet de loi, qui voudrait entériner : le fractionnement des 11 heures de repos obligatoire par tranche de 24 heures ; la possibilité pour une entreprise de baisser les salaires et de changer le temps de travail, par simple accord ; la possibilité pour l’employeur de décompter les temps d’astreinte des temps de repos ; la possibilité de faire travailler les mineures 10 heures par jour et 40 heures par semaine ; la suppression comme norme du plancher de 24 heures hebdomadaires pour un contrat à temps partiel ; la possibilité de rémunérer cinq fois moins les heures supplémentaires par simple accord d’entreprise ; la possibilité d’imposer une mesure par référendum contre l’avis de 70% des syndicats ; la possibilité pour une entreprise de faire un plan social sans difficultés économiques ; la possibilité pour l’employeur de licencier un salarié qui refuse une modification de son contrat de travail après un accord d’entreprise ; la possibilité de passer de 10 heures à 12 heures de travail maximum par jour par simple accord (pour plus d’infos voir ce site).

Le grand chef du patronat, Pierre Gattaz, déclarant que les mesures proposées « vont dans le bon sens », applaudit des deux mains devant les annonces du gouvernement comme une otarie obèse frétillant devant la promesse d’une nouvelle friandise. Rappelons la promesse faite en 2013 par le premier patron de France de créer un million d’emplois en échange de baisses de cotisations et la mise place sans contrepartie réelle du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE). Évidemment, nous n’étions pas dupes sur les promesses d’un patron et les gesticulations du gouvernement ! Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que la classe politique et la classe capitaliste marchent main dans la main, mues par les mêmes intérêts d’exploitation et de répression. Pour autant, cela n’a pas empêché le leadeur du Medef de réclamer encore plus de démarches en faveur du patronat, appelant de ses vœux un « contrat de travail agile ». Doux euphémisme pour évoquer un contrat de travail flexible et précaire faisant peser l’ensemble des risques de leur système capitaliste sur les salariés. D’autres grands patrons souhaitent, quant à eux, carrément la disparition du CDI, qu’ils jugent obsolètes et inadaptés à « l’économie contemporaine ». Le cynisme de ces nantis élevés dans leurs privilèges de classe atteint des sommets.

Ces politiques libérales et violentes visant toujours les classes sociales les plus populaires s’accompagnent parallèlement d’un phénomène de stigmatisation ou de répression à l’endroit de tous ceux qui ne feraient pas les affaires de ces classes dominantes. Dans l’ambiance politique ultra-sécuritaire, le droit de grève et la moindre combativité des salariés sont attaqués et incriminés de violences. Pourtant, il est systématiquement omis de rappeler que des centaines de travailleurs sont tués chaque année par des accidents de travail et des maladies professionnelles et des milliers sont mutilés à ces occasions sans qu’aucun patron ne passe devant les juges et n’aille en prison pour ce motif. Ainsi, on criminalise les syndicalistes, comme ceux de chez Goodyear, qui osent répondre à la violence économique dont ils sont l’objet, ou encore, comme le chef de département Éric Staumann, dans le Haut-Rhin, on souhaite conditionner l’attribution du RSA à des heures de bénévolat. Cette mesure qui, en plus de stigmatiser les sans-emplois, semble renouer avec l’un des vieux fantasmes du patronat : celui de faire travailler sans avoir à rémunérer.

Face aux attaques de ces classes dominantes qui œuvrent ensemble à la construction d’un monde d’exploitation dont ils seraient les seigneurs incontestés, il n’existe qu’une seule alternative : celle de l’organisation et de la lutte syndicale et politique.

Groupe anarchiste Salvador-Seguí
Paris, le 20 février 2016

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