Avec les cheminots, dans la grève !

Le 10 mai prochain, les salariés de la SNCF descendent dans la rue pour défendre leurs conditions de travail. C’est la quatrième journée de mobilisation. Le 24 avril dernier, près de la moitié des cheminots s’étaient mis en grève. Les médias, quant à eux, ont, comme d’habitude, choisi de ne pas s’étendre sur les raisons de ce mouvement social, préférant se limiter uniquement au traitement des répercussions de la mobilisation sur le trafic ferroviaire. On voit déjà les différents organes de la bourgeoisie, toujours prêts à discréditer tout mouvement social, préparer leurs éditos, articles et reportages sur la « prise en otage » des usagers et sur ces « privilégiés » de cheminots qui seraient prêts à n’importe quoi pour ne pas bosser.

Alors, rappelons les origines de cette mobilisation.

Personne n’est sans savoir que la concurrence, si elle est déjà présente dans le secteur du fret ferroviaire en France (c’est-à-dire dans le secteur du transport de marchandises), doit également débarquer, dans les prochaines années, sur les voies ferrées du territoire dans le secteur du transport de personnes. C’est pour cette raison que l’organisation de l’ex-SNCF a été revue l’été dernier, la découpant non plus en deux entités (le gestionnaire d’infrastructure : RFF, et l’exploitant : la SNCF entre autres), mais en trois. Cette réorganisation, dont il serait trop compliqué d’explorer les détails ici, a d’ailleurs été l’occasion d’une vaste campagne de désinformation, puisque quasiment tous les médias ont relayé le discours patronal et gouvernemental, en affirmant que ce redécoupage en trois entités était, en réalité, une réunification de la SNCF. Plus c’est gros, plus ça passe ! Il s’agissait alors de disqualifier le conflit social mené par les cheminots qui luttaient contre l’éclatement encore plus important de la SNCF.

Bref, la concurrence va débouler dans le transport des personnes. Le problème, c’est qu’à la SNCF il existe un statut cheminot qui régit très précisément les temps de travail, de pause, de repos des salariés, ce qui empêche l’employeur de faire ce qu’il veut en termes d’organisation du travail. Or, les autres entreprises ferroviaires qui vont faire irruption sur ce marché ne sont pas tenues aux mêmes obligations. Il y aurait donc « concurrence déloyale » pour la SNCF, puisqu’elle possèderait plus de contraintes que les autres entités, c’est pourquoi, aux yeux de la direction et du pouvoir politique en place, il est nécessaire de planifier tout ça par le biais d’un « accord socle » qui ferait office d’accord de branche. Rappelons que le RH 0077, qui cadre précisément l’organisation du travail des cheminots, permet aussi de limiter les risques liés à l’activité ferroviaire. Faire rouler un train 8 heures au lieu de 6 heures sans pause n’est pas sans conséquence sur la sécurité du convoi et des personnes qui s’y trouvent.

L’occasion était trop belle pour le patronat et le gouvernement d’abattre le statut cheminot en brandissant l’excuse de la concurrence déloyale. Ils espèrent ainsi réduire au silence ce corps professionnel qui, historiquement, a su organiser ses luttes pour imposer ses intentions aux directions successives de l’entreprise et qui, grâce à son statut, dispose d’une certaine protection salariale qui lui permet de peser lorsqu’il décide d’engager un rapport de force. Exactement ce que souhaite nous enlever le gouvernement au travers de son projet de loi Travail.

Car cette attaque qui vise les cheminots s’inscrit dans une dynamique offensive massive des bourgeoisies et de l’État contre les travailleurs et les travailleuses, notamment contre les plus précaires. Elle s’inscrit clairement dans une volonté de casse sociale généralisée, dont les derniers avatars sont le projet de loi Travail et le projet de remise en cause de l’assurance chômage des intermittents.

À l’heure où le mouvement social pourrait bien se radicaliser dans ses pratiques (certains syndicats appellent à la grève reconductible à compter du 18 mai), et alors que les discussions s’amorcent au Parlement, il est plus qu’important de donner de la visibilité et de créer des ponts entre les luttes menées dans les différents secteurs. Car isolés dans nos problématiques professionnelles, nous, travailleurs et travailleuses en lutte, nous condamnons à perdre sur les deux fronts : celui de nos revendications corporatistes et celui du combat général contre le projet de loi Travail. C’est seulement unis dans la grève et dans les dynamiques interprofessionnelles que nous pourrons faire plier le gouvernement et le patronat, et contrarier sérieusement leur soif de toujours plus de profits et d’asservissement des salariés. Le 18 mai prochain pourrait bien être le début d’une grève reconductible interprofessionnelle : ne loupons pas le coche !

Groupe anarchiste Salvador-Seguí
Paris, le 5 mai 2016

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