Colère sociale : le gouvernement sort les mesures libérales et la matraque

Le 10 décembre dernier, Emmanuel Macron formulait son allocution, sortant ainsi de façon forcée de son silence, face à la colère sociale des gilets jaunes mais aussi des lycéens qui, depuis maintenant plusieurs semaines, sont entrés dans la danse en manifestant et en bloquant leur lycée contre Parcoursup et la réforme à venir du Bac. Au programme de cette allocution, tours de passe-passe et mesures libérales avec les annonces notamment d’une prime de fin d’année défiscalisée non-obligatoire que même le MEDEF ne voit pas d’un mauvais œil, et d’une augmentation du SMIC (brut ou net, on ne sait pas) de 100 euros, par le biais d’une baisse des cotisations sociales, une augmentation de la prime d’activité qui oublie prêt de 300000 précaires et déjà prévue par le gouvernement depuis son élection. Bref, face au mécontentement social, la classe politique au pouvoir, défendant toujours bec et ongles les intérêts du patronat, ne sait que répondre par des mesures libérales, rognant une fois encore sur nos salaires socialisés, sources de financement de nos régimes de retraite, de la sécurité sociale, et de l’assurance chômage.

Si, sur le plan médiatique, le gouvernement tente de jouer la carte de l’apaisement tout en déployant encore davantage sa politique libérale, dans la rue, la répression et la violence policière ont atteint un niveau inédit. Ainsi, au cours de ces dernières semaines, chacun a pu assister à une déferlante sur les réseaux sociaux de vidéos et d’images montrant des manifestants et des lycéens gravement blessés et mutilés par des charges, des tirs de flashball à foison et des grenades ; les braves flics ne rechignant visiblement même pas à tirer en pleine tête sur des mineurs avec leur lanceur de balle de défense. À Marseille, c’est une personne âgée qui décède suite à un tir tendu de grenade lacrymogène alors qu’elle est en train de fermer ses volets. À Bordeaux, c’est un jeune à la main arrachée par une grenade GLI-F4 lancée par les CRS. Même la presse, pourtant clairement identifiée dans les cortèges, est visée par les tirs et les grenades comme en témoigne notamment des journalistes du Parisien. Ajoutons aussi à cela les multiples vidéos où des flics passent à tabac des jeunes ou des manifestants dans la rue, ou directement dans des restaurants. Par ailleurs, le gouvernement ne s’embarrasse même plus des ambages « démocratiques » et n’hésite pas à sortir les blindés de la gendarmerie contre la population.

Tout cela n’empêche par les policiers de se plaindre une énième fois « d’être à bout ». Pourtant, bizarrement, dans le cadre d’un reportage diffusé sur France 5, on a pu voir des policiers en civil littéralement jubiler en tirant au flashball sur la foule, en criant « Ouais ! Dans la gueule ! », « A voté ! » ou encore « Fils de pute ! » à chaque tir. À Mantes-la-Jolie, les flics se sont aussi payés une petite séance d’humiliation gratuite en mettant près de 150 lycéens à genoux, mains sur la tête, comme des prisonniers de guerre. En tout cas, le gouvernement ne s’y est pas trompé et a applaudi les forces de l’ordre pour « leur professionnalisme » tout en leur promettant une belle petite prime pour la réalisation zélée de leurs basses œuvres. Rien d’étonnant dans tout cela : la police est aujourd’hui plus que jamais une institution militarisée délibérément laissée en roue libre par le pouvoir politique et couverte par la justice dans ses actes violents et ses exactions afin de mieux distiller la peur partout où germe la colère sociale.

Sur le terrain judiciaire, la répression s’est aussi bien fait sentir ! Si l’on en croit les décomptes, plus de 3300 personnes aurait été interpellés depuis le début du mouvement des gilets jaunes et près de 1200 déferrés devant la justice. De l’aveu même de Rocco Cottento, secrétaire départemental Paris de l’Unité SGP-Police, lors de la manifestation du 8 décembre dernier, « l’objectif c’était les arrestations tous azimuts ». Du coup, les flics s’en sont donné à cœur joie, et ont ainsi pu « interpeller à volonté ». Il faut dire que grâce au chef d’inculpation de « participation à un groupement en vue de la préparation de violences volontaires contre les personnes ou dégradations de biens » créé sous l’aire Sarkozy en 2010, l’État a désormais la possibilité d’interpeller n’importe qui sous prétexte qu’il a l’air suspect. Avec ça, les flics sont tranquilles et ont les coudées franches pour ratisser autant qu’ils le veulent dans les manifestations.

Une conclusion en tout cas s’impose aujourd’hui : en l’absence d’une grève généralisée des travailleurs avec occupation de leurs entreprises, actuellement l’insurrection n’est pas une stratégie révolutionnaire possible. Fermetures massives de stations de métro empêchant les déplacements et les rassemblements, forces de l’ordre suréquipées et militarisées, blindés, arsenal militaire pleinement exploités, auront montré que sur ce terrain, l’État a largement les ressources tactiques et matérielles ainsi que les capacités pour bloquer et réprimer un mouvement de contestation insurrectionnel. Mais contre un vaste mouvement d’occupations d’entreprises qui s’ajouterait aux manifestations de rue et autres blocages de routes, la donne serait bien différente et les forces de l’ordre bourgeois bien plus gênées aux entournures pour exercer leur répression. En attendant face à la politique ultra-répressive de la classe politique, exigeons immédiatement le désarmement de la police, l’interdiction des armes qui mutilent et qui tuent, la dissolution des BAC et des BRI, véritables cowboys racistes, sexistes et violents qui font régner la terreur partout où ils passent ainsi que la libération et l’amnistie de nos camarades poursuivis et condamnés. Dans nos quartiers, dans nos entreprises, dénonçons les manœuvres de ce gouvernement ultralibéral et de ses chiens de garde, tout en popularisant parmi les travailleurs la véritable urgence sociale : la fin du capitalisme.

Groupe Salvador-Seguí
Paris, le 19 décembre 2018

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