Contre le fascisme et l’ultra-libéralisme, l’urgence d’imposer la justice sociale

Ce 1er mai 2017 s’inscrit dans un climat particulier, comme celui qui l’a précédé, il y a un an. Sauf qu’en lieu et place des manifestations monstre contre le projet de loi Travail, la Journée des luttes des travailleurs croise, cette fois, la route de l’élection présidentielle. Pile entre les deux tours, au milieu de la cacophonie médiatique, où les uns et les autres tentent de nous arracher nos voix. Mais de voix, nous n’avons pas ; pas pour eux, du moins. Entre la cheffe de file d’un parti-famille mafieux et fasciste et le porte-drapeau du libéralisme débridé, principal artisan des pires lois du quinquennat Hollande, nous ne choisirons pas. Si certains se retrouveront dans l’isoloir pour barrer la route à Le Pen, ce n’est pas le choix de Macron qu’ils feront, mais le refus du fascisme.

Macron, le pompier pyromane

Mais ne nous leurrons pas pour autant. Emmanuel Macron n’est pas un réel rempart à l’arrivée au pouvoir du Front national, tout juste permettra-t-il, s’il est élu, de gagner cinq petites années. Car le fascisme dédiabolisé progresse depuis longtemps dans l’opinion, et les élections ne sont pour lui que des occasions de mesurer cette ascension lente mais bien enracinée. Et, que l’on aille ou non voter, il faudra bien avoir conscience que si, le 7 mai, Macron vient à battre Le Pen, non seulement il n’infligera aucune défaite réelle au Front national et à ses idées, mais il s’apprêtera aussi à lui préparer le terrain pour l’avenir. Car la principale raison de l’emprise tous azimuts du clan Le Pen sur les cerveaux de plusieurs millions de citoyens n’est pas à chercher dans les discours tenus lors des meetings électoraux de la candidate fasciste, mais dans les politiques successives orchestrées par les gouvernements précédents, et particulièrement dans leurs effets, terribles, sur les classes populaires. C’est un fait, le projet économique libéral qu’ils n’ont eu de cesse de porter génère une misère sociale croissante, qui s’articule désormais autour d’un chômage de masse et d’une précarisation violente du travail, avec des contrats précaires qui se multiplient, des SMIC qui n’augmentent pas et des retraites qui baissent. Une misère qui, sous le dernier quinquennat, s’est aussi doublée d’une répression particulièrement implacable du mouvement social, criminalisé dans les médias et traîné devant les tribunaux et les conseils de discipline après être passé sous les coups d’une police à la violence décomplexée. Cette situation et la peur qui l’accompagne (celle de perdre son emploi et, allant, tout ce qui en dépend) engendrent, inexorablement, un ressentiment qui, déboussolé, en vient à se cristalliser dans une adhésion au programme politique d’un Front national qui récolte les succès électoraux depuis plusieurs années, s’assurant des bases territoriales non négligeables (dans les mairies, les départements et les régions).

Cinq années de présidence Macron, c’est, à en juger par les politiques qu’il entend entreprendre, la quasi-assurance de voir le fascisme débouler dans quelques années, sur les ruines de tout ce que le candidat d’En marche ! aura détruit en matière d’acquis sociaux. Macron n’est pas un rempart contre le fascisme, c’est, bon gré mal gré, un semeur de mauvaises graines qui, au-delà même de la question de l’extrême droite, promet déjà des heures sombres à la classe du travail et aux nombreuses conquêtes sociales qu’elle a arrachées aux pouvoirs précédents. D’ailleurs, il nous l’annonce déjà : la loi  Travail  sera « améliorée » (comprenez que le Code du travail va perdre de plus en plus de pages) ; pas étonnant  que le Medef ait les yeux de Chimène pour le créateur d’En marche !.

Le Pen : exploitation cocardée et xénophobie

Ne nous leurrons pas non plus, Le Pen n’est pas plus la candidate du travail que Macron celui de l’antifascisme. Si, dans sa propagande, le Front national reprend quelques mots d’ordre propres aux revendications de certaines organisations syndicales en matière de travail, ce n’est jamais que pour élargir sa base électorale, en tentant d’attirer des électeurs de gauche, notamment ceux de la France insoumise. Mais cette danse du ventre cache mal ce que prévoit Le Pen pour les travailleurs et les travailleuses, et qui n’est guère plus enthousiasmant que ce que propose son rival ; tout juste nos employeurs devront-ils afficher une cocarde sur le revers de leur costume pour témoigner d’un certain patriotisme économique qui, au fond, ne vise qu’à privilégier une bourgeoisie (nationale) sur une autre (internationale), sans se soucier davantage de l’émancipation du prolétariat. Nous avons eu tout loisir de constater jusque-là l’absence du Front national au côté des exploités dans les conflits sociaux et son soutien aux forces de l’ordre quand celles-ci tabassaient des travailleurs manifestant pour améliorer leurs conditions de travail. Il suffit aussi, pour s’en rendre compte, de jeter un œil sur ce que vote à Bruxelles celle qui est aussi députée européenne : contre une résolution visant à lutter contre les délocalisations, pour la directive accordant le secret des affaires aux multinationales, contre le renforcement des droits des travailleurs dans les situations de licenciements boursiers, contre le congé maternité harmonisé à vingt semaines en Europe, contre l’égalité des salaires hommes/femmes à compétences égales, contre le renforcement de la directive sur la prévention des cancers professionnels, contre une résolution de lutte contre l’évasion fiscale, etc.

Non seulement le discours et les politiques du Front national ne feraient que diviser encore plus notre classe – dans une surenchère raciste du rejet de l’autre, étranger ou pas, désigné comme responsable des fautes politiques et des désastres sociaux engendrés par les choix du fascisme de gouvernement –, mais ils laissent aussi entrevoir un bien obscur avenir aux libertés syndicales, tant l’on connaît l’aversion que porte ce parti aux syndicats, qui, fidèles aux devoirs qu’exige la conscience de classe, ont toujours vivement combattu les fascistes et leurs avatars. Et que dire, aussi, des régressions fondamentales en matière de lutte contre le sexisme et la LGBTphobie promises par la candidate de la réaction et de l’ordre moral ? Donner les commandes de l’appareil d’État à ces nostalgiques de Vichy serait criminel ; et ne nous cachons pas derrière l’argument simpliste du « ça ne durera que cinq ans, après ce sera fini » : une fois au pouvoir, ils auront tous les moyens pour y rester.

Le désespoir qui conduit au fascisme se nourrit aussi de nos absences

La réponse à cette double menace ne pourra jamais vraiment s’incarner dans les urnes, desquelles ne peuvent sortir, en l’état, que des dangers. S’il importe de laisser chacun faire ce qu’il veut dimanche prochain (à savoir voter ou non Macron pour barrer la route à Le Pen), sans devoir essuyer la moindre culpabilité, il convient de dire que la seule riposte qui vaille, élaborée pour le long terme, c’est celle qui s’enracine sur le terrain des luttes sociales, dans nos entreprises et dans nos lieux de vie, là où nous pouvons avoir une prise directe sur les ravages opérés par les dominants. C’est aussi, surtout, dans le renforcement de nos organisations syndicales, qui, plutôt que de rester paralysées devant le calendrier électoral, doivent impérativement se saisir des questions que la situation impose, à savoir : quelle réponse syndicale antifasciste à une victoire du Front national ? Quel syndicalisme (re)construire pour bloquer les politiques promises par Macron en cas de victoire ? Et, surtout, comment renouer avec un syndicalisme de classe qui, au-delà des questions réformistes, au demeurant importantes – sinon incontournables –, puisse revendiquer un projet de société en rupture radicale d’avec le capitalisme ? Car c’est probablement là, nichées dans ces espérances nouvelles et enthousiasmantes de transformation sociale profonde, que résident les meilleurs germes de résistance aux dangereuses tromperies du fascisme.

Groupe anarchiste Salvador-Seguí
Paris, le 25 avril 2017

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